Être juste? On s’en fout.

Publié le 14 nov, 2009 par gbiron dans Politique

Voici un texte de René Villemure de l’Institut québécois d’Éthique appliquée.

 L’égoïsme s’appuie merveilleusement sur l’impossibilité de se regarder…Paul Valery

 À force d’entendre parler d’éthique, on pourrait croire que le monde en est rempli ou, et c’est mon opinion, que l’éthique réellement pratiquée manque rudement.

Au-delà des bonnes intentions telles « Il faut nommer un commissaire à l’éthique » et « Tout le monde manque d’éthique » que convient-il de faire afin de passer outre aux vœux creux et faire en sorte que ces affirmations soient plus que de bonnes intentions?

 Afin de faire un pas en cette direction, le Bulletin réflexif propose de présenter le concept du « Vouloir être juste » et de le mettre en relation avec le « je-m’en-foutisme » général afin de tenter de voir quels en sont les effets et s’il y a encore un quelconque espoir en la matière.

 En premier lieu, parler d’éthique c’est d’abord vouloir être juste. Sans cette volonté, tout discours sur l’éthique est aussi inutile que de poursuivre le vent.

 Ensuite, « vouloir », c’est désirer, c’est souhaiter, c’est décider puis, enfin, c’est aussi ordonner. « Vouloir », c’est, en premier lieu, avoir plus que l’intention de faire quelque chose.

 « Être » oppose la réalité au « simplement paraître ». « Être juste » désigne un certain type de conformité aux exigences de la justice ou, si on veut le dire autrement, l’équité.

 De toute évidence, le concept de « vouloir être juste » demande plus d’effort que de simplement se positionner dans un « je m’en fous ». Fondamentalement, pour vouloir être juste, il faut observer et réaliser que l’on ne vit pas seul, il faut présumer que les autres sont importants; il faut aussi réaliser que la vie en société s’accompagne de certaines exigences incontournables. A contrario, pour s’en foutre, on n’a besoin que de soi et de considérer les autres comme étant des empêcheurs de jouir.

 Là où l’individu juste décidera d’attendre son tour afin de se faire vacciner, celui qui s’en fout considérera qu’il est très bien de parler d’éthique et d’équité, mais qu’il faudrait le faire après qu’il se soit fait vacciner avant les autres… L’individu qui s’en fout n’a aucune conscience des autres, ses seuls pronoms sont « Moi » et « Je ». Collectivement, le « je m’en fous » est détestable.

 Tristement, de nos jours, on retrouve une importante quantité de ces « je m’en fous » parmi nous. Ils sont au supermarché en réglant $50.00 d’épicerie avec de la menue monnaie sans égards à la file qui se forme derrière eux; ils sont au cinéma et nous accablent de leurs critiques durant la projection alors qu’ils mettent une éternité à fouiller dans leurs sacs à dos pour y chercher des bonbons à désentortiller lentement de leurs enveloppes avant de les sucer à toute salive; ils mettent leurs bottes sur les bancs d’autobus en se disant que, « de toute manière, ça ne dérange personne »; ils jettent sur le sol, parfois au pied des poubelles publiques, leurs détritus croyant ainsi soutenir les emplois des balayeurs de rue. Les « je m’en fous » jugent la société sous l’éclairage exclusif de leurs opinions, de leurs convictions ou de leurs myopie sociale. À bien regarder, il semblerait qu’ils soient partout. Que faire avec ces empêcheurs d’être juste? Les éduquer, les sanctionner? Que faire pour Bien faire?

 Je crois qu’il faille réaliser et impérativement faire réaliser aux « je m’en fous » qu’ils sont une espèce nuisible, qu’ils nuisent au bien-être collectif. Même s’ils ne nuisent pas avec méchanceté ou volontairement (ce serait bien le comble) les « je m’en fous » gênent néanmoins. Comment nuisent-ils? Avant tout, parce qu’ils ne se préoccupent pas de nuire ou de ne pas nuire; ils nuisent en ne se préoccupant pas d’avoir tort, ni d’avoir raison; ils nuisent en ne se souciant de rien d’autre que d’eux-mêmes, de leurs petits plaisirs et de leur confort. Égoïstement. En ne pensant qu’à eux, les « je m’en fous » sont de mauvais citoyens; ils ne nous veulent pas du mal; ils ne nous voient pas. Les « je m’en fous » incarnent l’attitude du « moi d’abord et l’éthique ensuite »…

 Pour parler d’éthique, encore faut-il vouloir vivre ensemble, encore faut-il vouloir être juste; pour parler d’éthique il faut, contrairement aux « je m’en fous », voir l’autre puis vouloir faire un effort.

 Les « je m’en fous » sont les ennemis de l’éthique, leur position est un non-sens collectif, un cul-de-sac pour la société. S’ils ne le réalisent pas eux-mêmes, peut-être faudra-il bientôt leur dire un peu plus clairement parce que, nous, on ne s’en fout pas…

 On ne peut pas rendre les gens bons par décret. Oscar Wilde

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